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Moïse Katumbi : « Je donnerai bientôt ma position sur ma candidature »

katumbi_moise_16_001_640_350_1C'est un pas de plus vers la candidature de l'ancien gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi, à l'élection
présidentielle congolaise. Le 30 mars, le G7, un groupe de sept leaders politiques influents, passés comme lui
de la majorité à l'opposition, lui a demandé d'être son candidat. Voici la réaction de l'intéressé, en
exclusivité pour Jeune Afrique. Jeune Afrique : Le groupement politique G7 vient de vous demander d’être son candidat pour l’élection présidentielle.

Que leur répondez-vous ?

Moïse Katumbi : Je prends acte de la décision du G7 et je les remercie. Je suis actuellement en Europe pour
consulter toutes les forces vives, l’opposition et la société civile, comme je l’ai fait en RD Congo.
L’objectif, c’est d’arriver à un candidat commun. À mon retour au pays, je recevrai le G7, sans doute à
Kinshasa, pour échanger avec eux.

Confirmez-vous que vous serez candidat à la présidentielle ?

Le plus important pour moi, c’est d’avoir un candidat commun. Je ne veux pas diviser l’opposition. Quand
j’aurai fini mes consultations, je donnerai ma position.

Vous êtes à Bruxelles pour des consultations. L’opposant Étienne Tshisekedi y réside. Est-ce lui que vous êtes
allé voir ?

Il y a Étienne Tshisekedi, mais il y a aussi d’autres opposants et des membres de la société civile, la
diaspora congolaise…

L’idée d’une primaire de l’opposition, que vous avez lancée en janvier, est-elle toujours d’actualité ?

Si nous parvenons à nous mettre d’accord sur un candidat commun par des consultations, alors il n’y aura pas
de primaire. J’avais évoqué cette possibilité seulement comme une option, dans le cas où il n’y aurait pas
d’accord. Je fais tout pour que l’on arrive à l’unité de l’opposition.

N’est-ce pas un peu tôt pour lancer cette investiture ? Il y a toujours un doute sur le respect des échéances
pour la présidentielle…

Ce n’est pas trop tôt. Au contraire, je félicite les membres du G7, ils ont le souci du peuple congolais. Il
reste six mois, nous devons respecter la Constitution. Ce que nous cherchons, c’est la première alternance au
pouvoir. La Constitution est très claire, elle donne deux mandats au président Kabila. À partir du 19
décembre, il ne sera plus président de la République. S’il n’y a pas d’élections, il y aura un président par
intérim… Ne nous laissons pas distraire !

atouts, faiblesses, réseaux… tout savoir sur la machine Katumbi


SES POINTS FORTS

Son bilan économique

Pendant son règne (2007-2015), le Katanga a connu un développement spectaculaire. La production de cuivre, tout comme le budget du gouvernement provincial, ont été multipliés par plus de 50 entre 2007 et 2014. La province a même connu un début d’industrialisation et a pu rénover certaines infrastructures, notamment les routes du Sud.

La société civile

Tirant les leçons de l’échec de 2011, l’opposition et la société civile congolaises tentent de se rassembler. Sous l’impulsion du mouvement citoyen Filimbi et de ses partenaires internationaux, elles se sont réunies à Dakar, en décembre 2015, avant d’annoncer le lancement du Front citoyen 2016 auquel Katumbi a adhéré. Parallèlement, l’influente Église catholique congolaise s’est prononcée pour la défense de la Constitution. Tout cela lui permet de s’afficher comme la tête d’un vaste mouvement de défense de la démocratie.

Son charisme

Son charme est indéniable. Des foules katangaises aux diplomates occidentaux en passant par la presse internationale, il séduit par sa simplicité, son écoute et l’attention qu’il porte à chacun de ses interlocuteurs. Il a par ailleurs recruté plusieurs cabinets de lobbying réputés, aux États-Unis comme en Europe.

Le football

Moïse Katumbi est l’un des rares hommes politiques congolais dont la popularité dépasse les frontières de sa région d’origine. Il le doit en partie à son club de football, le Tout-Puissant Mazembe, cinq fois vainqueur de la Ligue des champions d’Afrique. Dans ce pays fou de ballon rond, le club le plus capé au sud du Sahara est une fierté nationale. Et ses supporters sont facilement mobilisables politiquement.

SES POINTS FAIBLES
L’absence de parti

Dans un pays aussi vaste, une campagne ne se remporte pas sans une machine électorale bien huilée. Pour l’instant, Moïse Katumbi n’en a pas. Il y réfléchit, mais les dix mois qui le séparent (théoriquement) du premier tour de l’élection présidentielle lui laissent peu de temps.

Ses origines katangaises

Dans la « géopolitique congolaise » (la prise en compte des équilibres entre les diverses communautés), les origines régionales de Katumbi peuvent constituer un problème. S’il était élu, il serait le troisième président katangais consécutif, après Joseph Kabila et son père, Laurent-Désiré. Le reste du pays l’accepterait-il ?

L’opacité de son business

L’homme est généreux avec ses concitoyens. Sa fortune, amassée avant qu’il ne se lance en politique, est réputée considérable, mais il reste difficile de l’évaluer précisément. Le montant de ses transactions reste le plus souvent secret, comme la vente de Mining Company Katanga au groupe français Necotrans, en novembre 2015. Dans un pays où il est difficile de faire des affaires en toute transparence, ses adversaires ne manquent pas d’instiller le doute sur sa probité. En juin 2015, Katumbi a été visé par une plainte pour fraude et corruption par le pouvoir. Pour l’instant, il n’y a eu aucune suite.

Ses alliés politiques

C’est un secret de polichinelle : le « G7 », ce groupe de sept chefs de parti exclus du camp présidentiel en septembre, roule pour Katumbi. On y trouve Pierre Lumbi, leader du puissant Mouvement social pour le renouveau, le très connecté Olivier Kamitatu (ex-ministre du Plan), le vétéran Charles Mwando Nsimba (79 ans), ou encore le nationaliste katangais Kyungu wa Kumwanza. Katumbi s’est aussi rapproché des opposants Vital Kamerhe et Félix Tshisekedi, qu’il a rencontrés l’un à Londres, l’autre à Paris. Mais parler d’alliance est prématuré. Félix, en particulier, n’a pas toute latitude pour signer un accord au nom de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). Son imprévisible père, Étienne, en reste l’unique leader. Et sa position est plus ambiguë.

Ses alliés économiques

Le puissant homme d’affaires belge George Forrest, surnommé le « vice-roi du Katanga », est un proche de Katumbi. Pour lui, il a ouvert son carnet d’adresses, qui compte d’importants responsables politiques européens. Son fils aîné, Malta David Forrest, est premier vice-président du Tout-Puissant Mazembe. De même, une bonne partie des patrons miniers du Katanga est favorable à l’ex-gouverneur. « Ces gens ont des contacts haut placés dans leurs pays respectifs et nous en font bénéficier », affirme un proche de Katumbi.

Ses soutiens à l’étranger

Katumbi est plutôt bien vu des chancelleries occidentales, qui ne veulent pas d’une révision constitutionnelle. C’est une marotte de Barack Obama en Afrique, et les États-Unis pèsent lourd à Kinshasa. Katumbi est aussi proche du milliardaire anglo-soudanais Mo Ibrahim. Sur son site web, la fondation de ce dernier dresse un portrait élogieux de l’opposant congolais.

Le clan familial

Pendant que Moïse était à la tête du Katanga, c’est son épouse, Carine Katumbi, une Belge d’origine burundaise, qui gérait officiellement ses entreprises. Cette catholique fervente a bien sûr une influence importante sur son mari, mais elle évite de s’exprimer publiquement. Une discrétion également de mise chez le demi-frère aîné de Katumbi, Raphaël Katebe Katoto. Établi à Bruxelles, il est proche d’Étienne Tshisekedi et joue parfois les intermédiaires.

Ses hommes

En l’absence de parti ou d’équipe de campagne, « Katumbi Inc » n’a pas encore d’organigramme officiel, mais les anciens ministres provinciaux du Katanga devraient en constituer l’ossature. Parmi eux, l’ex-ministre près le gouverneur, Edmond Mbaz, celui des Finances, Christian Mwando Nsimba, et celui de l’Intérieur, Juvénal Kitungwa. Officiellement « conseiller politique », Salomon Idi Kalonda Della est également directeur financier du Tout-Puissant Mazembe. Quant au directeur sportif du club, Frédéric Kitenge Kinkumba, il est aussi responsable de Nyota TV, une chaîne provinciale acquise à la cause de l’ex-gouverneur. Enfin, après avoir mobilisé la jeunesse en faveur de Kabila lors des précédentes élections, le député Francis Kalombo va cette fois mettre son expérience au profit de Katumbi.

Et la santé ?

C’était il y a trois ans. À la suite de symptômes inquiétants, un contrôle en Afrique du Sud révélait la présence de substances toxiques exogènes dans l’organisme de Katumbi. Cet empoisonnement l’a tenu écarté de la scène politique congolaise pendant de longs mois. En convalescence à Londres, il a perdu beaucoup de poids. Ses médecins lui avaient même déconseillé de reprendre ses activités, fin 2014. Mais Katumbi est passé outre pour revenir défier Kabila à Lubumbashi, avec la désormais célèbre métaphore des « faux penaltys ». « Ces problèmes sont derrière nous », jure son entourage. Même s’il souffre parfois du dos, Katumbi semble aller beaucoup mieux.

Pierre Boisselet
Jeune Afrique / MCN

 

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